Du « Collapse Camp » au « Heat Camp » — le mouvement collapse allemand


Webinaire organisé par Deep Adaptation France avec deux activistes berlinois·es, Tadzio (politologue, activiste climat et queer) et Scully (ex-égyptologue, activiste forestier·e, ayant fait un an de prison).


L'origine du « mouvement collapse » allemand

Après 15 ans dans un mouvement climat allemand parmi les plus puissants d'Europe (victoires sur le nucléaire, sortie du charbon arrachée en 2038 — « trop tard »), Tadzio et Skully font le constat d'une rupture au début des années 2020 : la société se détourne du climat, le mouvement perd sa capacité d'action. Plutôt que de basculer dans la dépression, ils cherchent un nouveau cadre permettant de retrouver de l'agentivité (« agency ») — pas de l'espoir, mais du sens — dans un monde qui s'effondre.
Deuxième moteur : leur exposition personnelle comme personnes queers (Tadzio est gay et séropositif, Skully est non-binaire) face à la montée du fascisme en Allemagne. D'où l'idée d'un cadre commun : organiser des « points focaux de solidarité » capables de répondre collectivement à toute catastrophe — inondation, canicule, attaque fasciste, blackout.


Le Collapse Camp 2025

Premier camp de ce type, organisé presque entièrement par leurs deux personnes pendant six mois :

900 personnes sur 4 jours, 103 ateliers mêlant travail émotionnel (environ un tiers, avec Joanna Macy comme référence) et compétences pratiques.
Sortie réussie de la « bulle » climat : moyenne d'âge 40 ans, beaucoup de profils nouveaux (queers âgés, universitaires, « nerds »).
Méthode de mobilisation : « raconter le mouvement pour le faire exister » — un blog (2 000 lecteurs), un livre publié fin 2024 utilisé comme outil de tournée, environ 30-40 événements physiques.
Tensions assumées avec les activistes climat « modéré·es » qui voulaient récupérer le cadre collapse pour les objectifs classiques (1,5°C, net zéro). Tadzio et Scully ont imposé une hégémonie de l'acceptation radicale du collapse dans le camp — refus des débats podium sur « collapse oui ou non ». Ils reconnaissent une part d'autoritarisme dans cette posture.
Bilan : le mot « collapse movement » existe désormais comme catégorie politique en Allemagne.

Le « Heat » : Camp d'Entraide 2026


Constat post-Collapse Camp : un format éducatif d'ateliers de 2h ne produit pas de structures organisées capables d'agir. D'où un changement complet de format :

150 à 200 personnes, 7 jours (dimanche à dimanche), engagement sur toute la semaine, processus de candidature (pas un camp ouvert).
Priorité aux personnes déjà organisées dans des groupes existants (jardin partagé, cuisine collective, antifa, climat…), qui repartent enrichir leur structure.
4 modules d'entraînement (max. 50 personnes/module, 4 jours intensifs) :

Communication : radio, talkies-walkies, réseaux Lora/Meshtastic (un groupe l'a déjà déployé dans une ville allemande après le Collapse Camp).
Premiers secours et soin émotionnel : gestes d'urgence, désescalade, savoirs « de grands-mères », soin des aidant·es.
Logistique et approvisionnement alimentaire : avec le collectif Zulibus (bus militants) et la scène cargo-bike — non pas apprendre à cultiver, mais à organiser le ravitaillement.
Autodéfense communautaire (« Pink Pandas ») : module porté à 5/6 par des personnes trans, non-binaires et queers. Désescalade d'abord, mouvement en groupe, esthétique d'intimidation (peintures de guerre rose/argent/noir, « haka queer ») pour décourager les agressions avant tout affrontement physique.


2,5 jours de scénarios vendredi-dimanche : blackout, attaque simulée, avec des role-players (pour qu'aucun·e participant·e n'ait à jouer un nazi ou un flic). Une « zone de retrait » disponible à tout moment. Dimanche matin : débrief émotionnel collectif.

Objectif final : que les gens repartent avec conscience de leurs limites mais sans sentiment d'impuissance, et que des structures durables émergent (groupes Pink Panthers translocaux, réseaux de communication locaux).

Discussion


  • Joanna Macy : référence importante mais jugée « pas assez en colère, trop introspective » par les organisateur·ices.
  • Inclusion : limites assumées (pas d'accès fauteuil roulant, public majoritairement urbain), mais perspectives des personnes les plus exposées (queers, trans, racisé·es) placées au centre, surtout dans l'autodéfense.
  • Allié·es non-queers bienvenu·es : parallèle avec Act Up en France, qui a inspiré des militant·es climat dans les années 90. « Se défendre pour quelqu'un d'autre est parfois plus facile que pour soi. »
  • Personnes croyantes identifiées comme base potentielle clé d'un « mouvement collapse juste » — les Églises gardent un projet éthique universaliste que les syndicats ont perdu.
  • Réseau international : sujet reporté à une prochaine rencontre (avec David aux États-Unis notamment).

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